Interview d’Emmanuel Fontaine : 3ème des Championnats de France 2011 de 24h. Il nous explique comment réussir votre course de 24h


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COURSE FONTAINE ANNE CECILE EMMANUEL EQUIPE DE FRANCE

Vous pouvez retrouver Emmanuel Fontaine sur :

-Son blog Anne Cécile et Em­manuel Fon­taine

-Son pal­marès en co­ur­se à pied en cliquant ici

Transcription texte de l’interview audio d’Emmanuel Fontaine :

Max­ence Rigot­ti­er : Bon­jour à Tous, c’est Max­ence Rigot­ti­er de blog co­ur­se à pied. Aujourd’hui, je suis avec Em­manuel Fon­taine qui est un spécialis­te des 24h. Tu as été 3ème des cham­pion­nats de Fran­ce de 24 heures à Séné. Tu as égale­ment une per­for­mance de 254,762 km sur 24h. C’est quand même vrai­ment bril­lant et ce sont de très bons résul­tats. Je vais te laiss­er te présent­er pour que tu nous ex­pliques un petit peu ton par­cours de co­ur­se à pied de­puis tes débuts jusqu’à aujourd’hui, et que tu nous ex­plique com­ment tu es arrivé à at­teindre de tel­les per­for­mances. Bon­jour Em­manuel.

Em­manuel Fon­taine : Bon­jour Max­ence, bon­jour à tous. Em­manuel Fon­taine, j’ai 43 ans, je pratique ef­fective­ment la co­ur­se à pied lon­gue dis­tan­ce de­puis de très nombreuses années. J’ai com­mencé en 1985, je n’avais pas 17 ans et je voulais par­ticip­er aux 100 km de Mil­lau pour une 1ère ex­péri­ence. Ça s’est arrêté au bout de 70 bor­nes, je ne pouvais plus march­er pen­dant 3 semaines derrière, mais l’année suivan­te, j’ai de nouveau tenté cette affaire-là et j’ai pu clôturer mon 1er 100 km en 1986, dans un temps, aux en­virons des 13h50. C’était assez long, mais c’était le début d’une his­toire de co­ur­se à pied lon­gue dis­tan­ce. Je n’avais jamais pratiqué l’athlétisme auparavant. C’était la co­ur­se de l’année, c’étaient les 100 km de Mil­lau. J’ai fait ça de 1986 à 1991, l’année du cham­pion­nat de Fran­ce, où chaque année j’améliorais mon chrono et je suis arrivé en 1991 à 8h53. Les cham­pion­nats de Fran­ce avaient lieu à Mil­lau cette année-là. En 1992, j’ai eu un grave ac­cident de para­pen­te qui m’a fait mettre un terme à tout cela (frac­ture, tas­se­ment d’une vertèbre lom­baire). J’ai été opéré. Cet aspect-là m’a per­mis de re­ncontr­er Anne Cécile. Mon ac­cident m’a auto­risé une re­ncontre avec Anne Cécile qui était kiné au centre de rééduca­tion où j’étais soigné. Notre his­toire de vie de co­u­ple a com­mencé comme ça. Pour le reste, après, j’ai re­pris la co­ur­se à pied avec Anne Cécile just­e­ment. En 1996, je lui ai dit que ce serait bien qu’elle es­saye Mil­lau, et elle s’est en­trainé 5-6 mois, et on a fait notre 1er Mil­lau en­semble. Je crois qu’on a du boucl­er ça en 11h17, donc de suite pour Anne Cécile man­ifes­te­ment des prédis­posi­tions in­téres­santes. Pour ce qui est du 24h, c’est arrivé plus tard. En 2006 pour moi. Ma 1ère ex­péri­ence a été à Plouvorn, en Bretag­ne, en août 2006, où je réalise 192 km, et je me suis dit que ce n’était pas si mal que ça pour une 1ère fois, que ce serait bien d’es­say­er d’aller cherch­er la barre des 200 la pro­chaine fois. J’ai essayé ça en 2007, mais je me casse plusieurs fois les dents, à savoir que je n’y ar­rive pas. Je n’y ar­rive pas, alors je tente dif­féren­tes façons de com­menc­er ma co­ur­se, plus douce­ment, très douce­ment, plus vite avec des temps de pause très longs. A chaque fois, je calais, je ne com­prenais pas, je n’y ar­rivais pas. J’ai incité Anne Cécile à se mettre aux 24h en 2006 parce que j’avais vu les résul­tats des fil­les qui étaient part­ies aux cham­pion­nats du Monde, et je lui ai dit que ça vaud­rait peut-être le coup qu’elle le tente parce que man­ifes­te­ment ça pouvait le faire. Elle a fait sa 1ère ex­péri­ence en 2006, où elle réalis­er 187 km. L’année suivan­te 189, je crois. En 2008, elle n’était toujours pas li­cen­ciée et je lui ai dit de pre­ndre une li­c­ence et d’aller faire les cham­pion­nats de Fran­ce parce que ce serait peut-être bien, et que la dernière fille qui était par­tie l’année précédente au Canada avait 182 km. Et Anne Cécile qui s’entrainait nor­male­ment, comme moi, ni plus ni moins, a réalisé 216 km au mois de mai 2008. Elle a ainsi gagné sa sélec­tion pour les cham­pion­nats du Monde de Séoul, en en­trant en équipe de Fran­ce. Là, je l’ai préparé, et au mois d’oc­tobre, elle se retro­uve vice-championne du monde, à moins de 400 m d’Anne-Marie Ver­net, juste derrière la 3ème place de Brigit­te, donc vice-championne du monde en in­dividuel et cham­pion­ne du monde par équipe, avec une mar­que pro­che des 240 km. Et là je me suis dit, je vois com­ment Anne Cécile s’entraine, je pense que je n’ai pas les mêmes prédis­posi­tions, mais je dois être cap­able de faire aussi bien. Et je tente, je con­tinue malgré mes échecs suc­ces­sifs, à tent­er d’at­teindre cette fameuse barre des 200. Ça se pro­duit en novembre 2008, aux 24h d’Aul­nat où je ter­mine 2ème derrière Bruno Heubi, à 228 km. En­suite, en 2009, j’ar­rive à avoir ex­cep­tion­nelle­ment un dos­sard pour la co­ur­se open des cham­pion­nats du monde à Be­rgame, là où Anne Cécile était en équipe de Fran­ce. Et en open, j’ar­rive malgré une co­ur­se pas très bien gérée, à amélior­er légère­ment ma mar­que, puis­que je suis pre­sque à 229, mais sur­tout, je ter­mine 12ème de ces cham­pion­nats du Monde. Donc classé, parce que j’étais en open, mais j’ai fini quand même 12ème au scratch. Ça m’a pro­duit un déclic, en me dis­ant que fin­ale­ment les por­tes de l’équipe de Fran­ce étaient peut-être ac­cessib­les pour moi aussi, alors que je n’aurais pas misé un kopek quel­ques années auparavant. Pour avoir la sélec­tion pour les cham­pion­nats du Monde de 2010, il fal­lait aller cherch­er une barre sup­érieure à 240, et c’est ce que j’ar­rive à faire aux 24h de Monaco en novembre 2009, où j’ai fait 243 km. J’ai re­mporté ainsi mon tic­ket pour par­ticip­er aux cham­pion­nats du Monde de 2010, et cette fois ci en équipe de Fran­ce, dans l’équipe nationale. J’ai bien préparé ces cham­pion­nats du Monde, j’ai fait une mar­que à 246 km à Brive, dans une am­bian­ce ex­cep­tion­nelle car c’était en Fran­ce, il y avait un bon groupe. Que des bon­nes choses, des bons mo­ments de sport, des bons mo­ments de vie par­tagés avec les uns et les aut­res, et puis c’était en Fran­ce, nos en­fants étaient là, mes parents, mes frères, mes belles-sœurs, enfin pas mal de pro­ches, be­aucoup d’amis, donc c’était vrai­ment très sympa. Voilà pour 2010. 2011, nouvel­le sélec­tion, hélas, pas de cham­pion­nats du monde cette année-là, à cause de l’an­nula­tion de la ville qui était sus­cep­tible de les or­ganis­er. Donc je m’orien­te, en ac­cord avec Jean-François Pon­ti­er, qui était de­venu mon en­traineur de­puis 2009, à par­ticip­er aux cham­pion­nats de Fran­ce de Séné, où je ter­mine 3ème, à une mar­que sup­érieure à 250 km. Donc là, ça com­m­ence à être des mar­ques vrai­ment in­téres­santes. Je suis pleine­ment satis­fait de cette co­ur­se, même si ça ne s’est pas super bien passé. J’ai fail­li ab­an­donn­er au bout de 8 heures, et puis l’un dans l’autre, avec l’aide des co­achs, l’aide des gens auto­ur, j’ai réussi à re­par­tir et à faire une bonne fin de co­ur­se. Pour finir sur le 24h, j’ai eu la chan­ce d’être invité à Taipei en décembre 2011, pour faire un 24h sur piste, aux côtés de grands noms du 24h, Ryoic­hi Sekiya, qui est le quad­ru­ple champ­ion du Monde, ainsi que Mami Kudo, qui est la doub­le re­cordman du Monde parce qu’elle a les 2 de­rni­ers re­cords à son actif. Et là, je ter­mine 3ème de cette épre­uve, derrière ces deux athlètes d’ex­cep­tion, avec une mar­que, comme tu l’as dit tout à l’heure de 254,762 km. Alors c’est assez précis, mais sur piste, ce n’est pas très com­pliqué car les mar­ques sont très précises sur 24h.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Ex­ac­te­ment. Ex­cel­lent par­cours que tu viens de nous dévoil­er. Tu as eu de nombreux échecs, ce qui est norm­al, pour at­teindre le succès. Com­ment as-tu fait pour ne jamais ab­an­donn­er ? Il y a be­aucoup de co­ureurs qui ab­an­donnent chaque année la co­ur­se à pied, comme dans toute ac­tivité. Com­ment as-tu fait pour ne jamais ab­an­donn­er ? Explique-nous un petit peu tout cela.

Em­manuel Fon­taine : Oui, alors ça c’est assez dif­ficile à ex­pliqu­er, mais je pense que la raison es­sentiel­le c’est qu’on par­tage cette dis­cip­line avec Anne Cécile. On ne fait pas forcément be­aucoup d’entraine­ments en com­mun, parce qu’on a pas forcément les mêmes al­lures de travail, mais on es­saye de temps en temps. Elle avait réussi. Elle m’a ouvert la voie. Ses résul­tats m’ont fait pre­ndre con­sci­ence que je de­vais être cap­able d’ar­riv­er à autre chose.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord.

Em­manuel Fon­taine : Je pense que ça s’est fait comme ça. C’est sûr que le fait d’amélior­er sa mar­que 6 fois de suite sur 24h, pour l’instant ça in­cite à con­tinu­er, même si je suis con­scient aussi que ça ne sera pas éter­nel. Les mar­ques sont vrai­ment… On peut toujours faire mieux, c’est évident. Mais là, ça com­m­ence à être dif­ficile d’amélior­er ce genre de per­for­mance.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Et qu’aimes-tu dans le sim­ple fait de co­urir et pour­quoi cours-tu ? Pour ton dévelop­pe­ment per­son­nel ? Pour le plaisir ? Pour la com­péti­tion ? Pour le chronomèt­re ? Qu’aimes-tu dans le sim­ple fait de co­urir ?

Em­manuel Fon­taine : Il y a un peu de tout ça, à savoir que c’est vrai que j’ai été judoka pen­dant de très nombreuses années. J’aimais la com­péti­tion. Ça n’a rien à voir avec la co­ur­se à pied, mais j’ai cet esprit de compèt de­puis que je suis tout petit. Il y a l’esprit de compèt, c’est sûr, il y a aussi du plaisir. Quand je re­ntre d’une journée de travail où j’ai mes 28 élèves, et que ce jour-là ils ont été un peu dif­ficiles, cette petite heure que je vais m’octroy­er le soir après ma journée, pour aller pass­er une heure, même sans forcément avoir une séance mais un sim­ple foot­ing, des fois ça re­ssour­ce pleine­ment. Il y a ce plaisir là aussi, comme je le dis­ais, et le plaisir d’amélior­er le chrono ou des mar­ques. Et puis, c’est vrai que je me con­sidère comme un co­ureur lambda des pelotons. D’être arrivé à at­teindre ce niveau-là, d’être entré en équipe nationale, d’avoir un par­tenaire pour nous aider un petit peu dans cette pratique, plus ces par­tages avec les gens de mon club, avec l’entraineur, avec Anne Cécile, avec toute la com­munauté des gens qui par­courent la lon­gue dis­tan­ces parce que c’est une gran­de famil­le, ça m’in­cite pour l’instant à con­tinu­er. Par con­tre, je pense que le haut niveau aura pro­chaine­ment un terme. Ça de­man­de trop d’implica­tions, trop d’in­vestis­se­ments. Ça de­vient, à la lon­gue, dif­ficile de tout con­cili­er.

Max­ence Rigot­ti­er : Oui, parce que pour co­urir de tel­les dis­tan­ces, tu as des en­traine­ments très poussés. Il faut une im­men­se or­ganisa­tion. Peux-tu nous racont­er une semaine type des en­traine­ments pour un co­ureur de 24h pour pouvoir at­teindre tes per­for­mances ? Quels sont tes types d’entraine­ment pour une semaine type à peu près ?

Em­manuel Fon­taine : ça dépend un peu de la période de là où on se trouve par rap­port à la com­péti­tion. Il y a toujours une phase de prépara­tion où il faut déjà un petit peu per­dre « les kilos super­flus » post com­péti­tion. En ce qui me con­cer­ne, il y a toujours une cer­taine re­tenue par rap­port à l’alimen­ta­tion, sur­tout avant les com­péti­tions où je suis obligé de faire un peu plus at­ten­tion, même si le kilométrage facilite cette at­tein­te du poids de forme. Il y a toujours une petite frustra­tion que je com­pen­se sys­tématique­ment après les co­ur­ses. Ça com­m­ence par-là, donc faire du volume, mais pas non plus à out­rance, parce que de toute façon je n’ai pas un corps qui en­cais­serait be­aucoup trop de kilomètres non plus. Après, plus on s’approc­he de l’échéance de la com­péti­tion, plus le volume va être im­por­tant, la qualité aussi. La semaine type, c’est assez dif­ficile à dire, mais en phase fin­ale de prépara­tion, ça va être entre 7 et 10 séances hebdo, et pour at­teindre des kilomét­rages à 150-160 km.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Donc entre 20 et 25 km par jour en moyen­ne.

Em­manuel Fon­taine : Oui, à peu près, mais en fait ça veut pas dire grand-chose 20-25 km, parce qu’il y a des jours où ça va être 12 km, il y aura peut-être un repos dans la semaine, mais par con­tre, le samedi ou le di­manche, dans le week-end, il y aura peut-être une gros­se sor­tie de 5 heures le samedi, et le di­manche il y aura une autre sor­tie, plus cool, mais de 2 heures seule­ment. C’est assez al­éatoire. Je pense que le meil­leur moyen de voir ce qu’on fait, c’est d’aller sur notre blog.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment.

Em­manuel Fon­taine : C’est dif­ficile de le dire ex­ac­te­ment. Tout en sac­hant, quand même, qu’il y aura be­aucoup de séances spécifiques 24h. Ce n’est pas com­pliqué, on a un petit cir­cuit auto­ur de la maison, on prépare les bouteil­les et puis c’est parti à deux à 5, voire 6 heures, voire 7 heures de tour auto­ur de la maison. Le tour fait 2km400, 2km500, ça dépend du cir­cuit. Les ravitail­le­ments sont prêts, on prend la bouteil­le, on marche 100 m et on part.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment. J’in­vite toutes les per­son­nes, à la suite de cette in­ter­view, d’aller voir votre blog an­nececileem­manuel­fontaine.blogspot où tu in­diques tous tes en­traine­ments, les récits de tes co­ur­ses, etc. C’est vrai­ment in­téres­sant si un jour vous voulez vous lanc­er dans ce type de com­péti­tion. Egale­ment, tu cours en­viron 150 km ou plus par semaine.

Em­manuel Fon­taine : ça c’est quand même vrai­ment quand je suis en phase de prépara­tion, sinon, je suis plutôt à 80-100 km maxi.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Et du coup, com­ment fais-tu pour gard­er cette motiva­tion au quotidi­en, pour pouvoir tous les jours co­urir ? Parce que je sup­pose qu’il y a cer­taines fois où tu as peut être des im­pératifs ex­térieurs à faire, ou tu as moins de motiva­tion. Com­ment fais-tu pour toujours tenir cette régularité ?

Em­manuel Fon­taine : Il n’y a pas le choix. Si par­don, c’est une mauva­ise phrase que je dis. On a le choix. Mais à par­tir du mo­ment où on s’implique dans le haut niveau, je dis haut niveau c’est en terme de per­for­mances en tout cas, ça sous-entend qu’il faut faire des ef­forts et par­fois des sac­rifices, et là, c’est un choix. C’est-à-dire que per­son­ne ne m’im­pose d’aller co­urir. Je le veux bien. C’est vrai que si, des fois c’est dif­ficile. On aimerait aussi faire autre chose que de la co­ur­se à pied. Mais à par­tir du mo­ment où je pre­nds des en­gage­ments, j’es­saye d’y répondre favorab­le­ment. Et quand je m’alig­ne sur un 24h, dans l’ob­jectif de faire une per­for­mance, j’es­saye de ne pas m’y re­ndre comme un fan­faron, en ayant juste à l’idée de fan­faronn­er. Je me prépare sérieuse­ment, j’as­pire à at­teindre un ob­jec­tif, même si mal­heureuse­ment sur un 24h ce n’est jamais ac­quis d’avan­ce, et que l’entraine­ment ne fais pas tout.

Max­ence Rigot­ti­er : Oui c’est sûr, puis­qu’à chaque co­ur­se, tu as l’in­connu qui est soit la dis­tan­ce, soit le temps, parce que même si on est bien en­trainé, on peut très bien ab­an­donn­er parce que 24h c’est quand même assez long.

Em­manuel Fon­taine : Tout à fait. Après, il y a une part de ment­al qui in­ter­vient énormément sur le 24h, et je pense aussi une gros­se part d’ex­péri­ence. Au jour d’aujourd’hui, je pense qu’on a fait, je ne di­rais pas qu’on a fait le tour, mais dis­ons qu’on a pro­gressé dans différents domaines, dans la ges­tion de co­ur­se, la ges­tion du ravitail­le­ment, les al­lures… plus les ex­péri­ences qui favorisent cet as­pect ment­al. Si je l’ai fait, pour­quoi je ne pour­rais pas le réitérer. Tout en sac­hant que, mal­heureuse­ment, ça ne marche pas à tous les coups.

Max­ence Rigot­ti­er : J’imagine. Et pour toi, quel est la part de ment­al dans ce type de dis­tan­ce ?

Em­manuel Fon­taine : Dif­ficile à quan­tifi­er. Je dis vrai­ment dif­ficile à quan­tifi­er, comme je dis­ais tout à l’heure, au bout de 8 heures l’année dernière à Séné j’étais à deux doigts d’aban­donn­er, je m’arrête de­vant la table de Jean-François, mon en­traineur, je lui dit que j’arrête, que je suis désolé mais que j’arrête. Il ar­rive à me re­boost­er, et fin­ale­ment, je suis allé cherch­er une mar­que à plus de 250 km, donc c’est très dif­ficile à quan­tifi­er. Il y a des co­ur­ses qui vont se pass­er plus ou moins bien. Pour moi, sur tous les 24h aux­quels j’ai par­ticipé, j’ai eu 2 co­ur­ses qui se sont passées mer­veil­leuse­ment bien, c’est-à-dire quasi­ment pas dans la souffran­ce, c’était Monaco en 2009 et Taipei en 2011. Ça, mal­heureuse­ment, on aimerait que ça se re­produ­ise à chaque 24h, mais ce n’est pas pos­sible. Il y a forcément un mo­ment où on va pioch­er, un mo­ment où ça va être vrai­ment dans le dur, et là il faut pre­ndre sur soi, il faut es­say­er de positiv­er tout ça, et notam­ment se remémorer tous les sac­rifices et en­traine­ments au quotidi­en pour just­e­ment être présent là, et il faut retro­uv­er l’éner­gie, l’éner­gie men­tale. Parce que c’est une gros­se part, le travail a été fait à l’entraine­ment, donc à par­tir de là, c’est vrai qu’il y a un as­pect ment­al im­por­tant, mais il est dif­ficile à quan­tifi­er.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment. Et que t’est-il passé par la tête quand tu souhaitais ab­an­donn­er et que tu es allé quand même jusqu’au bout ? Que ressentais-tu comme sen­sa­tions ? Qu’avais-tu comme pensée qui t’a incité à ab­an­donn­er, mais pour­tant tu as con­tinué pour aller jusqu’au bout de l’ef­fort ?

Em­manuel Fon­taine : Si tu ne te sens pas bien si tu veux. Là, je vois pour Séné, aux cham­pion­nats de Fran­ce en 2011, je n’étais pas très bien, au bout de 8 heures je com­m­ence à avoir quel­ques petits étour­disse­ments, je me suis dit qu’il m’en re­stait en­core 16, je n’étais pas bien, il faisait très chaud. Je ne sais pas, c’est dif­ficile, il y a des pas­sages comme ça. Il faut savoir que sur 24h, un des prin­cipes d’Anne Cécile, c’est de se dire que tant qu’on peut mettre un pied de­vant l’autre, on con­tinue. Je crois que c’est une part de vérité, c’est-à-dire qu’à par­tir du mo­ment où physique­ment tu peux au moins march­er, alors il faut con­tinu­er parce que de toute façon, à un mo­ment ou à un autre, tu vas re­par­tir en co­urant, c’est une cer­titude. S’il n’y a pas de gros soucis mécaniques, il ne faut sur­tout pas se dire qu’on est fatigué et qu’on arrête. C’est une er­reur je pense. Ce qui m’a fait re­par­tir à Séné, par ex­em­ple, c’est un coup de fil, tout simple­ment. Ça n’al­lait pas bien, Jef m’a passé Anne Cécile au téléphone qui était restée sur Montpel­li­er, et puis voilà, elle ne me lâche pas. Il y avait Jean-François Pon­ti­er qui m’a bien boosté, Bruno Heubi qui était là, des gens que je con­nais, que j’apprécie, qui étaient présents auto­ur du cir­cuit, et puis c’est re­par­ti. En­suite, on men­tal­ise comme je dis. A ce moment-là il faut li­ss­er l’ef­fort, ne plus trop réfléchir.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. L’idéal est de toujours es­say­er de positiv­er. Forcément, vous allez avoir des jours sans, des jours avec. Egale­ment, dès qu’on souffre un petit peu, le ment­al est très habile pour se remémorer les pensées négatives. Il faut ab­solu­ment, comme tu l’as souligné juste avant, re­pens­er tous les ef­forts que l’on a fait, les bons mo­ments, et tant qu’on peut mettre un pied de­vant l’autre, il faut aller jusqu’au bout. Parce que je pense que si on ab­an­donne assez souvent, je ne sais pas les dis­tan­ces comme les 24h, mais il faut es­say­er de ne pas trop habitu­er son esprit et son corps à ab­an­donn­er, parce que mal­heureuse­ment, dès qu’on va avoir un petit mo­ment de souffran­ce, il y a de gran­des chan­ces qu’on re­pen­se à cet ab­an­don.

Em­manuel Fon­taine : Oui, et puis c’est la sol­u­tion facile.

Max­ence Rigot­ti­er : Voilà.

Em­manuel Fon­taine : Il est plus facile de re­mettre le clig­notant que de re­mettre le co­uvert.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment. C’est ex­ac­te­ment ça. Et quel­le est ton al­imen­ta­tion par rap­port à ce type de com­péti­tion ? Peux-tu nous évoqu­er ce que tu pre­nds ? Je sup­pose qu’il y a des compléments al­imen­taires… Com­ment fais-tu pour toujours avoir la pêche et sur­tout, ne pas avoir de cram­pes, des choses comme ça, pour pouvoir en­chain­er au quotidi­en les en­traine­ments et pour pouvoir réalis­er toutes ces com­péti­tions ?

Em­manuel Fon­taine : Au niveau al­imen­ta­tion, je bénéficie de­puis quel­ques mois des ser­vices d’un di­ététici­en, Nicolas Aubineau, qui est le di­ététici­en de Nut­ratletic. Jusqu’à présent, je me gérais tout seul par rap­port à ça, comme je l’ai dit, je suis quand même un gros man­geur, donc il y a forcément un mo­ment où dans la période de prépara­tion il y a une part de re­stric­tion, mais il n’y a pas de soucis par­ticuli­ers, j’ai cette chance-là, je n’ai pas de souci par­ticuli­er. Après, c’est vrai qu’on fait quand même re­lative­ment at­ten­tion à ce que l’on mange. Pas trop de grais­ses ou de mauvaises grais­ses en tout cas. Pas franche­ment d’al­cool ou très peu. Il y a des pro­duits comme ça, à par­tir du mo­ment où on vise des résul­tats, qu’il faut éli­min­er. Il ne faut pas non plus être frustré. Je sais que j’ai une cer­taine ad­dic­tion au Nutel­la, et je suis obligé, c’est comme ça. Pour ce qui est des compléments al­imen­taires, j’en pre­nds très peu. Je pre­nds un peu de fer en ce mo­ment parce que j’avais une petite bais­se de ce côté-là, mais pas plus. Ce qui est im­por­tant, ce n’est pas tant ce qui nous fragil­ise, peut-être faire un bon en­traine­ment, quand je dis fragil­ise, c’est l’as­pect physiologique du corps, peut-être un peu les volumes d’entraine­ment, mais ce qui vrai­ment nous détruit, ce serait plus les co­ur­ses, parce que quand vous co­urez 24h non-stop, l’or­ganis­me, à la base, n’est pas fait pour ça. Donc là, on va vrai­ment pioch­er un peu au fond de soi et il faut savoir vrai­ment pre­ndre le temps de bien récupérer. C’est in­dis­pens­able pour re­faire les niveaux, dans tous les sec­teurs. Après, en co­ur­se, comme je le dis­ais tout à l’heure, on a réussi à mettre en place avec Jean-François, au fil des co­ur­ses, une meil­leure ges­tion de ce côté-là, côté hy­drata­tion. Je vois par ex­em­ple mes 24h de Taipei, j’ai bu 28 lit­res sur 24 heures.

Max­ence Rigot­ti­er : 28 lit­res d’eau avec des compléments ?

Em­manuel Fon­taine : Oui, 28 lit­res de bois­sons es­sentiel­le­ment. Des bois­sons éner­gétiques Nut­ratletic, du Nut­raperf, du Nut­rarecup, de la Saint Yorre, du Coca. J’ai tourné à ça pen­dant 24 heures. Ça fait aussi de nombreuses pauses d’arrêts pipi, mais c’est in­dis­pens­able pour ap­port­er l’éner­gie au corps, pour lui per­mettre de con­tinu­er à avanc­er.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Et niveau al­imen­ta­tion, tu man­ges quand même quel­que chose de sol­ide je sup­pose, parce que c’est im­pos­sible de …

Em­manuel Fon­taine : Pen­dant la pause. Très peu, très très peu. Déjà, pour ce qui est des bois­sons éner­gétiques, elles ont été étudiées pour just­e­ment com­plément­er un petit peu tout ça. En­suite, il faut savoir que j’ai quand même des dif­ficul­tés à mas­tiqu­er, à ingérer des al­i­ments sol­ides, donc à part la banane, je ne pre­nds pas grand-chose.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Pas de pâtes de fruits, du pain d’épices…

Em­manuel Fon­taine : Un tout petit peu de bar­res éner­gétiques, mais ça reste quand même dif­ficile à ingérer, donc dans la mesure où j’ar­rive à com­plément­er au niveau des ap­ports éner­gétiques avec les bois­sons, pour moi il n’est pas in­dis­pens­able de man­g­er sol­ide. Pour quel­qu’un qui prend plus le temps de s’arrêter, lui, peut-être, aura la pos­sibilité de boire des soupes, de man­g­er des purées, des pâtes… Moi c’est très très peu parce que j’ai du mal à les aval­er tout simple­ment.

Max­ence Rigot­ti­er : J’imagine. En tout cas, tu as donné en­core un nouvel aperçu de l’alimen­ta­tion et sur­tout, ce qui est quand même in­croy­able, 28 lit­res pour un 24h, mais ce qui est logique parce que vu l’ef­fort in­ten­se, plus de 254 km, du coup, tu as be­soin énormément t’hyd­rat­er pour ne pas tomb­er. Et pour finir sur une dernière ques­tion, quel mes­sage pourrais-tu donn­er à toutes les per­son­nes qui aimeraient débuter la co­ur­se à pied, mais qui se dis­ent « oui mais moi je suis trop nul, je ne sais pas co­urir, je suis un es­cargot » ? Quel con­seil, quel mes­sage souhaiterais-tu leur faire pass­er pour que ces personnes-là enlèvent leurs barrières men­tales et souhaitent se lanc­er dès de­main dans la co­ur­se à pied ?

Em­manuel Fon­taine : Tu in­duis la réponse dans ta ques­tion, à savoir qu’on dit bien une barrière men­tale. La priorité c’est d’y pre­ndre du plaisir, de ne pas se sous-estimer, com­menc­er à co­urir, même des petites dis­tan­ces, al­tern­er marche/­cour­se, dès le départ s’il le faut. Ce n’est pas bien grave. Sans vouloir de suite at­teindre des chronos. Je pense que l’er­reur est là pour be­aucoup de gens, c’est vouloir de suite at­teindre des chronos. Non, d’abord on prend du plaisir à co­urir, on aug­mente la dis­tan­ce, quit­te à ralen­tir d’avan­tage, et plus ça va aller, plus on va être dans la facilité, et à ce moment-là, on va ral­long­er la dis­tan­ce, on pour­ra en­visag­er petit à petit d’amélior­er le chrono, si chrono il y a. Le but avant tout est de se faire plaisir.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment, comme tout le monde. Tout le monde a eu un niveau assez faib­le au départ. Ne croyez pas que vous êtes le seul dans ce cas de figure. Egale­ment, avec la magie de la co­ur­se à pied, la com­munauté est tel­le­ment im­men­se que quel­que soit votre niveau, vous allez forcément trouv­er des gens qui vous cor­res­pondent et qui auront un niveau iden­tique au votre.

Em­manuel Fon­taine : Oui, puis les co­ureurs de niveaux sup­érieurs peuvent très bien s’adapt­er à des niveaux in­férieurs. Ce n’est pas parce qu’on a une VMA à 19, ou 20 km/h, qu’on ne peut pas co­urir à 11 ou 12. C’est une gros­sière er­reur. J’ai du plaisir de temps en temps à par­tag­er des en­traine­ments avec des gens de niveaux in­férieurs ou à par­tag­er des co­ur­ses avec des gens de niveaux in­férieurs. Je me régale aussi tout autant qu’eux. Ça me fait plaisir de les ac­compagn­er, ça me fait plaisir de leur donn­er le tempo. Et puis in­ver­se­ment, il ne faut pas se leurr­er. Il y a des gens bien meil­leurs que moi aussi. J’aime à dire que je suis un champ­ion du monde de mon jar­din. Ça s’arrête là. Un co­ureur du di­manche qui a réussi à faire des résul­tats. Ça s’arrête là. Au départ, je suis un peu mon­sieur tout le monde aussi.

Max­ence Rigot­ti­er : D’ac­cord. Merci pour cette in­ter­view très en­ric­hissan­te. J’in­vite toutes les per­son­nes, une nouvel­le fois, qui souhaiteraient te retro­uv­er ou égale­ment retro­uv­er Anne-Cécile sur votre blog an­nececileem­manuel­fontaine.blogspot où tu évoques un petit peu tout ton tracé, ton quotidi­en de co­ureur de 24h.

Em­manuel Fon­taine : Ce blog a été mis en place à la de­man­de un petit peu de Nut­ratletic. Ils nous avaient incités à faire ça pour com­muniqu­er. Et c’est vrai que ce n’est pas mal parce qu’on a rien à cach­er. On a beau être en équipe de Fran­ce, on a pas de sec­rets, pas de re­cet­te mirac­le, donc rien à cach­er. C’est un lieu de par­tage, de nos ex­péri­ences, de notre façon d’abord­er le 24h. À la li­mite, il n’y a pas que le récit de mes co­ur­ses, il y a aussi des récits de co­ur­se quand je vais me re­ndre sur des co­ur­ses pour ac­compagn­er des amis, des gens que je con­nais, que je côtois et avec qui j’ai envie de par­tag­er ça.

Max­ence Rigot­ti­er : Ex­ac­te­ment. En tout cas, c’est une bonne in­itiative de par­tag­er ton ex­péri­ence pour pouvoir aider les aut­res et sur­tout faire avanc­er tout le monde dans le même sens dans la co­ur­se.

Em­manuel Fon­taine : Tout est dit Max­ence. Merci.

Max­ence Rigot­ti­er : Merci une nouvel­le fois et je te dis à bientôt, et merci pour cette in­ter­view.

Em­manuel Fon­taine : Au plaisir de te re­ncontr­er de vive voix une pro­chaine fois. Au re­voir.

Max­ence Rigot­ti­er : Il n’y a pas de soucis. Au re­voir.

Max­ence Rigot­ti­er : J’espère que cette in­ter­view vous a plu. Partagez-la sur Facebook ou sur Twitt­er. Egale­ment, dites-moi dans les com­men­taires ce que vous avez pensé de cette in­ter­view, j’espère qu’elle vous aidera à pro­gress­er et à vrai­ment at­teindre tous vos ob­jec­tifs dans la co­ur­se à pied. C’était Max­ence Rigot­ti­er de blog co­ur­se à pied. A bientôt pour de nouvel­les vidéos et pour de nouvel­les in­ter­views d’athlètes.

3 Commentaires

  •    Répondre

    Quelques tuyaux pour mener à bien l'objectif de dans … 17 jours !
    Le parcours "d'un champion du monde de son jardin"… plus de 254km en 24h !!!!!!!!!!

  •    Répondre

    Quoi dire???

    Pour moi, ces courses de 100 km ou de 24 h, c’est juste la cinquième dimension, un univers inaccessible. Je suis à la fois assez affolé de voir ça et complètement admiratif.
    De toute façon, ce n’est pas à 50 balais que je vais me lancer là-dedans ^^ donc je regarde et j’applaudis…

    @+++

    PS: tu en connais beaucoup de ces champions? :)

    • Salut Stéphane,

      Je te rassure, même si j’adore courir, je suis affolé encore par ce type
      de distance. Il n’y a pas que toi, ne t’inquiète pas.

      Je suis impressionné par leur mental…

      Oui, il y aura encore plein d’autres interviews de Champion
      dans les semaines à venir. Patience et à très vite. ;)

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